De plus en plus de personnes mangent seules : comment la restauration évolue

Le client individuel n’est plus une exception. Du petit-déjeuner aux restaurants à service complet, le solo dining se développe et oblige la restauration à repenser les portions, les espaces, le service et l’expérience client.


Anna Bruno
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Donna che mangia da sola in un ristorante moderno, simbolo della crescita del solo dining e dei nuovi comportamenti nella ristorazione. Foto vgai

Manger seul n’est plus un comportement marginal. Les nouvelles données publiées par Circana montrent que ce qu’on appelle le solo dining devient une composante de plus en plus importante de la consommation alimentaire, aussi bien à la maison qu’à l’extérieur. Un changement qui ne concerne pas seulement les habitudes individuelles, mais qui peut avoir des conséquences concrètes pour les restaurants, les chaînes, la distribution alimentaire et les acteurs du secteur.

Données : la moitié des repas principaux à la maison sont consommés seuls

Selon le dernier rapport Eating Patterns in America de Circana, 50 % des repas principaux consommés à la maison aux États-Unis le sont aujourd’hui en solitaire. Ce chiffre a augmenté de deux points par rapport à l’année précédente et de quatre points par rapport à 2021. Le phénomène touche différents moments de la journée. 59 % des petits déjeuners à domicile sont consommés individuellement, près de six déjeuners sur dix sont pris seuls et 65 % des collations se font sans compagnie.

Il ne s’agit donc pas d’un comportement limité à un créneau horaire ou à une occasion spécifique de consommation. Le solo dining s’inscrit dans un changement plus large, lié à la mobilité professionnelle, à la recherche de simplicité, à la réduction de la taille moyenne des foyers et à la croissance des consommateurs adultes avec un pouvoir d’achat plus élevé.

Le client solo se développe aussi dans les restaurants

Le point le plus intéressant pour le secteur de la restauration concerne cependant la consommation hors domicile. Les analyses CREST de Circana montrent que, sur l’année écoulée, les occasions de consommation individuelle dans les établissements publics ont augmenté, tandis que celles à deux personnes ou plus ont diminué. La réduction de la taille moyenne des groupes est particulièrement visible dans les restaurants full service : au premier trimestre 2026, les visites individuelles ont représenté 23 % du total.

Le phénomène est encore plus marqué en début de journée. Les occasions de consommation individuelles représentent 59 % des petits déjeuners hors domicile, tandis que les collations montrent également une forte prédominance de visites en solo.

Le solo dining ne signifie pas nécessairement solitude

Pour la restauration, il serait erroné d’interpréter automatiquement le client solo comme une personne isolée ou comme une situation exceptionnelle. Le point économique est autre : l’unité de consommation évolue. Pendant des décennies, de nombreux modèles de restauration ont été construits autour du couple, de la famille ou du groupe. Tables pour deux ou quatre personnes, portions conçues pour être partagées, offres promotionnelles dédiées à plusieurs convives et espaces pensés autour de la socialisation sont encore très courants. Mais si la part des clients qui mangent seuls augmente, cela change aussi la manière dont les professionnels doivent concevoir l’expérience.

Ce qui change pour les restaurants

Le premier point concerne les espaces. Un client seul occupant une table pour quatre peut être perçu comme peu efficace en période d’affluence. Mais la réponse ne peut pas être simplement de pénaliser le client individuel. Des sièges au bar, des comptoirs, des petites tables, des sièges partagés et des espaces plus flexibles peuvent aider à mieux gérer la demande sans compromettre le confort.

Le deuxième point concerne le menu. Le solo dining rend plus importante la disponibilité de portions individuelles, de formules rapides, de plats complets et de propositions faciles à commander sans avoir à partager. Selon Circana, la flexibilité, la portabilité et la taille des portions sont précisément quelques-uns des éléments sur lesquels les distributeurs et les opérateurs de la restauration hors domicile peuvent travailler pour mieux capter ce comportement émergent.

Vitesse et simplicité deviennent partie intégrante de l’expérience

Les données montrent aussi combien le facteur temps est important. Près des deux tiers des petits déjeuners consommés à la maison et plus de la moitié des déjeuners sont préparés en moins de cinq minutes. Le besoin de simplicité qui guide la consommation domestique peut se refléter aussi dans les attentes envers la restauration.

Pour cette raison, le client solo peut être particulièrement sensible à la rapidité du service, à la possibilité de commander sans attente, à la clarté du menu et à la facilité de paiement. Cela ne signifie pas forcément miser uniquement sur le fast-food. Un restaurant traditionnel peut aussi offrir une expérience efficace et agréable à ceux qui choisissent de manger seuls.

Un signal aussi venu du travel dining

La tendance est confirmée aussi dans d’autres segments de la restauration. OpenTable a relevé en 2026 une croissance de 30 % en glissement annuel des réservations individuelles effectuées par des voyageurs dans les restaurants et bars d’hôtels. 71 % des personnes interrogées déclarent également qu’elles envisageraient de manger seules dans un restaurant ou un bar d’hôtel.

C’est un signal particulièrement intéressant car il montre que le solo dining peut être lié non seulement aux habitudes quotidiennes, mais aussi à la mobilité, aux voyages d’affaires et au tourisme individuel.

Le risque : considérer le client solo comme une table perdue

Un des principaux risques pour les professionnels est de continuer à considérer le client individuel comme une sorte d’anomalie. En réalité, si le phénomène continue à croître, la table pour une personne peut devenir une composante structurelle de la demande. Un client seul peut avoir une plus grande flexibilité horaire, être plus enclin aux réservations de dernière minute et représenter une demande intéressante même dans les créneaux moins fréquentés.

OpenTable signale également qu’en 2026 l’intérêt des consommateurs pour les occasions de consommation spontanées augmente, un autre élément qui peut favoriser le client solo.

La véritable opportunité : normaliser le fait de manger seul

La question centrale n’est donc pas de créer des restaurants “pour personnes seules”, mais d’éliminer les éléments qui rendent l’expérience du client solo inconfortable ou contre-nature. L’accueil, la disposition des tables, le menu, les temps de service et l’ambiance peuvent faire la différence. Pour les restaurateurs, le solo dining peut devenir un terrain d’expérimentation intéressant : formules déjeuner individuelles, petits plats, sièges au comptoir, menus dégustation pensés aussi pour une personne, réservations flexibles et services plus rapides.

Un changement dans les consommations à observer

Les données analysées concernent principalement le marché américain et ne peuvent pas être automatiquement transposées à la réalité italienne. Cependant, elles représentent un signal à observer avec attention aussi en Europe, surtout à la lumière de la croissance des foyers plus petits, de la mobilité professionnelle, du travail hybride et des voyages en solo.

Le point pour la restauration est simple : le client n’arrive plus nécessairement en couple ou en groupe. Et quand change le nombre de personnes à la table, changent aussi le service, le menu, les espaces et potentiellement le modèle économique de l’établissement.

Source : données Circana, Eating Patterns in America et CREST, août 2026 ; données OpenTable, 2026 Dining Trends et Travel & Dining Trends.

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